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Gilles de Rais

Photo du rédacteur: Kyra Meinau Farnier
Kyra Meinau Farnier
12 sept.
10 min de lecture

Nous allons à présent parler d’un des plus grands serial killer de tous les temps (et vous allez voir que même tout ceux que nous avons connu après lui, ils peuvent se rhabiller).


Avant de continuer, je voulais tout de même prévenir les plus sensibles d’entre nous car le personnage qui va être abordé était un serial killer et un pédophile. 



Remettons-nous dans le contexte : nous sommes au début du XVème siècle, en plein Bas Moyen Âge. On s'imagine souvent une époque inculte et misérable... Spoiler alert : c'est faux ! Si on devait imager la définition de “paradoxe” dans le dictionnaire, on parlerait de cette période. D'un côté, c'est l'apocalypse : Peste noire, famines à répétition et guerre de Cent Ans... mais de l'autre, c'est un véritable bouillonnement culturel incroyable ! La vie quotidienne des élites atteint un raffinement d'une élégance folle ! 


C'est au beau milieu de ce décor fait de soie et de sang que débarque notre homme : Gilles de Rais. Un personnage entouré de fantasmes et d'inexactitudes, dont le parcours va prouver une chose : le raffinement le plus extrême n'a jamais empêché l'humain de se perdre dans ses pires noirceurs...

Gilles de Rais est au summum de l’élégance mais aussi de la perversion comme nous allons le voir. Il est l'incarnation même de cette période trouble.




Nous sommes dans un système qui est encore profondément féodal. Il est issu d’une lignée prestigieuse : chevalier, suzerain, héritier de Du Guesclin par sa grand-mère (il paraît qu’il était laid, d’après la Chanson de Bertrand du Guesclin de Cuvelier)… rien que ça !


Gilles de Laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404 - 1440) par Eloi Firmin Féron - 1835 (Galerie des maréchaux de France - Château de Versailles)
Gilles de Laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404 - 1440) par Eloi Firmin Féron - 1835 (Galerie des maréchaux de France - Château de Versailles)

Il est aussi à la tête d’une immense fortune. C’est aussi un érudit. Sa bibliothèque comptait parmi les plus précieuses de toute l’Europe. Il entretient, à partir de 1434, également une collégiale, la Sainte-Chapelle des Innocents à Machecoul (les chanteurs y sont payés un prix d’or, les orgues sont portatifs et les vêtements liturgiques sont magnifiques), à en faire jalouser l’évêque de Nantes. Il est absolument intouchable. Sa réputation le place au-dessus de l’ordre social. Il est en rivalité avec le duc de Bretagne et le futur roi de France, Charles VII. Ce dernier va s’allier à Gilles de Rais. Il va alors lui faire miroiter le poste de maréchal de France (il le sera à seulement 25 ans). Il va aider le dauphin en armant les troupes. Il est aussi présent au château de Chinon quand Jeanne d’Arc va désigner le dauphin comme héritier légitime du trône de France.

Son grand-père maternel, Jean de Craon, lui laisse le 15 novembre 1432 de nombreux châteaux avec des territoires immenses en Vendée et dans le pays Nantais, s’étendant du pays de Retz jusqu’à l’océan. On sait que son grand-père n’était pas tendre avec lui. Mais de son vivant, Gilles de Rais sera au summum de son art : la pédophilie. Nous le verrons un peu plus tard.



Le 30 mai 1431 est le début de la descente aux Enfers pour Gilles de Rais. Cette date vous parle ? C’est normal ! On nous le rabâche depuis que nous sommes jeunes. C’est la date à laquelle Jeanne d’Arc meurt sur le bûcher, à Rouen.


Jeanne d'Arc, victorieuse des Anglais, rentre à Orléans et est acclamée par la population de Jean-Jacques Scherrer (1887) - Musée des Beaux Arts d'Orléans
Jeanne d'Arc, victorieuse des Anglais, rentre à Orléans et est acclamée par la population de Jean-Jacques Scherrer (1887) - Musée des Beaux Arts d'Orléans

C’est le début de la fin pour lui. Gilles de Rais est hanté par la notion de pureté, et Jeanne en est l’incarnation. C’est pourquoi il éprouve un amour pur pour la jeune Pucelle, alors que, plot twist… Gilles de Rais n’est pas du tout porté sur la gent féminine ! Il va la suivre au siège de Paris. Quand il apprend que son amour est prisonnière à Rouen, il se retrouve impuissant face à la situation.

Alors quand il apprend qu’on vient de brûler Jeanne d’Arc, une figure sacrée à ses yeux, il est horrifié et commence déjà un peu à vriller. Il n’a même pas 30 ans à ce moment-là et il n’est plus que l’ombre de lui-même. C’est sur les ruines de cette âme en peine et dégoûtée de la vie que notre histoire commence réellement.


Comme je vous l’ai mentionné un peu plus haut, Gilles a une véritable passion pour la pureté, au point qu’il aime entendre les enfants (et plus particulièrement les garçons) chanter à l’église. L’image de l’ange est omniprésente chez lui. Cependant, cette figure d’adoration, d’extase religieuse va devenir un objet de jouissance. Et le fait qu’il soit marié à Catherine de Thouars et qu’il ait une fille, Marie (elles restent assez loin de lui, résidant au château de Pouzauges), ne change absolument rien à ses penchants plus que déviants. Aujourd’hui, on pourrait dire qu’il présentait tous les symptômes de la pédophilie.

C’est en 1432, avec le décès de son grand-père, Jean de Craon, que Gilles bascule. Son tuteur n’est plus présent (il devient orphelin en 1415 avec son frère). Il est alors entré dans une liberté totale, ne gardant plus cachés ses passions et ses goûts.

Il va beaucoup se rendre à Orléans, qui est un haut lieu de l’homosexualité à l’époque médiévale. Il va devenir l’un des plus grands mécènes du théâtre de la ville. Son statut le place tout en haut de la pyramide et les tentations sont beaucoup trop fortes dans cette ville où il y a beaucoup de jeunes hommes. Il a de plus en plus de mal à cacher ses pulsions.

Il va aussi se livrer secrètement et entièrement à l’étude des sciences occultes, dans la magie et l’alchimie, ce qui est très à la mode à l’époque (Nicolas Flamel meurt en 1418 et laisse derrière lui des croyances ésotériques). C’est aussi à ce moment-là qu’il va s’entourer de beaucoup de personnes peu recommandables qui vont profiter de sa crédulité, dont son cousin Roger de Briqueville.

Ces personnes vont profiter de la fragilité mentale de Gilles pour le précipiter un peu plus chaque jour auprès du précipice vers lequel il y va joyeusement tout de même !

Sa famille s’inquiète sincèrement de sa vie fastueuse et de ses mauvaises relations. Elle va alors demander au roi Charles VII une l’interdisant, en 1435, de vendre ou hypothéquer ses terres.


Concernant ses pratiques occultes, on parle quand même d’incantations, de rites sataniques et de sacrifices humains (ho oui je vous avais prévenu… on touche à du très lourd avec Gilles). C’est à partir de cette dégringolade que les pulsions pédophiles de Gilles de Rais vont fusionner avec son excitation pour la pureté et l’innocence. Ses envies vont aussi rencontrer sa volonté de percer le mystère de la pierre philosophale ainsi que sa fascination morbide pour le mal… En gros c’est un baril de poudre qui va exploser quand il va passer à l’acte, sous les encouragements de ses amis qui ont rapidement compris qu’il était dans leur intérêt de pousser Gilles au crime.

Gilles et ses complices vont faire les pires atrocités aux garçons (à en faire pâlir le Marquis de Sade). Bien entendu, je vous passe les détails…


Ces atrocités ont pu perdurer et s’étendre pendant des années. Elles étaient très bien organisées. Les complices de Rais partent dans les campagnes, font miroiter aux parents une vie meilleure pour leurs petits garçons… On va jusqu’à payer les parents qui sont surpris de ne pas avoir de nouvelles de leurs enfants. On leur dit alors qu’ils sont partis loin. Pendant ce temps, la situation financière et patrimoniale de Gilles de Rais continue de se dégrader (entre ses dépenses personnelles mais aussi le fait de payer les parents inquiets…). Cependant, cette situation financière désastreuse n’est pas pour déplaire à tout le monde. En effet, le grand rival de Gilles de Rais, Jean de Bretagne, va racheter des terres pour consolider son duché. Il voudra même sa mort, car de Rais revend avec une option de rachat, ce que le duc de Bretagne ne veut pas (on soupçonne le duc de Bretagne de pousser aussi Gilles de Rais dans le précipice). Il n’est pas le seul à vouloir la mort de cet homme. L’évêque de Nantes fait partie des gros créanciers. Il veut aussi sa perte ! On raconte même que l’évêque aurait débauché un des proches de Gilles de Rais afin de l’accabler. On pense à Blanchet, un des complices. C’était risqué pour lui car il était celui qui récitait les incantations sataniques. Il pouvait être accusé d’hérésie et de lèse majesté !


Franchement… Game of Thrones peut se rhabiller… La réalité a largement dépassé la fiction !




Le 13 septembre 1440, Gilles de Rais est arrêté, mais il ne sait pas encore pourquoi (alors qu’il vient quand même de violer l’immunité d’un lieu saint en faisant irruption dans l’église Saint Etienne de Machecoul en arme ! Il est bête quand même…). Il va devoir attendre le 8 octobre pour connaître les raisons de son arrestation et de quoi il est accusé : actes de sodomie, assassinats et sorcellerie (oui oui les hommes aussi sont arrêtés et condamnés pour sorcellerie). A cette époque, ce sont les chefs d’accusation les plus graves. Le 11 octobre, il comparaît devant un double tribunal, civil et ecclésiastique, sous la souveraineté du duc de Bretagne (bah tiens donc ! ça en arrange pas mal hein !)

Comment a-t-il pu tenir aussi longtemps, presque 10 ans, sans rien laisser paraître !? Et bien, malgré ses crimes, Gilles de Rais reste un homme très pieux et sa pratique de la religion reste très assidue. Il a toujours confessé ses crimes (les pauvres religieux qui étaient obligés d’écouter et de se taire… je les plains sincèrement). Il avait conscience que ses crimes étaient abjects mais, selon lui, son âme était toujours dans le giron de Dieu. Cette séparation de l’âme du corps était une notion très comprise et acceptée à l’époque… il montre très clairement un cloisonnement mental étanche. Il avait une forme extrême de dissonance cognitive et de psychopathie (il devait cocher toutes les cases… parce qu’il est vraiment pas aidé le pauvre).


Le procès de Gilles de Rais, anonyme - Enluminure du XVIIème siècle - BnF (Bibliothèque nationale de France), Paris - Cote BnF Latin 17663
Le procès de Gilles de Rais, anonyme - Enluminure du XVIIème siècle - BnF (Bibliothèque nationale de France), Paris - Cote BnF Latin 17663

Dans les écrits du procès de l’Eglise, Gilles de Rais aurait fait 200 victimes. La cour séculière en retient 140. Même si l’accusé avoue ses crimes (pas pour toutes les victimes), les historiens ne sont pas du tout d’accord sur le nombre de victimes. Certains ne lui en attribuent qu’une dizaine, d’autres une petite centaine alors qu’un groupe lui attribue pas moins de 800 (bah oui toujours plus ! Parce que si c’est le cas, il aura été le serial killer le plus prolifique de tous les temps, battant Pedro Alonso Lopez et ses 310 victimes !). En tout cas, même si on ne connaît pas le nombre exact, cela n’enlève en rien la cruauté et l’ignominie de ses crimes ! 

Sous la torture, certains de ses complices vont même livrer des témoignages précis et ignobles (et c’est l’un d’eux que j’ai lu… juste y repenser c’est terrible). La pratique de la torture est déjà quelque peu controversée à cette époque, et pourtant, là, on peut s’y fier car les témoignages sont beaucoup trop identiques et remplis de détails qu’un esprit normal ne pourrait même pas imaginer.

On a toujours les plaintes des parents. Il y en a 8 qui donnent la description des garçons perdus, mais à aucun moment on ne parle de Gilles de Rais. Les témoignages incriminants viendront de ses complices. C’est Blanchet qui vend la mèche pour sauver sa propre peau ! Du coup tout retombe sur Gilles de Rais, puisque la source des accusations est interne.

On trouvera même des charniers sur les principaux sites de ces meurtres, à Tiffauges et Champtocé. 


Le jour de sa comparution, Gilles de Rais va comparaître avec des vêtements blancs avec des hermines et ses ordres de chevalerie ! Il aura même cette phrase qu’on peut qualifier de culot :



Il a la conviction, parce qu’on le lui a prédit aussi, qu’il va finir sa vie comme moine, à se repentir des crimes du passé.

Pendant deux jours, il toise, insulte, accuse le tribunal, refuse de répondre, il nie ce qu’on lui reproche avec une telle assurance que l’on va même commencer à douter des accusations. Cependant il a un point faible, et pas des moindre. Pour cela, on va l'excommunier. Cette idée est insupportable ! Lui !? Maréchal de France ! Homme pieux qu’il est !? Pour lever cette sanction et sauver son âme, il va se lancer dans la plus terrible des confessions. Il dira même qu’ “il les fit et les perpétra [les crimes] suivant son imagination et sa pensée, sans le conseil de personne, et selon son propre sens, seulement pour son plaisir et sa délectation charnelle.”

L’accusation va demander davantage de détails, et va exiger de lui la “pure vérité”

Exécution de Gilles de Rais, copie collationnée de 1530 par Jean Bouhier - BnF (Bibliothèque nationale de France), Paris - Cote BnF Français 23836
Exécution de Gilles de Rais, copie collationnée de 1530 par Jean Bouhier - BnF (Bibliothèque nationale de France), Paris - Cote BnF Français 23836

A partir de ce moment-là, il va porter une chemise rougeâtre des gens du peuple. Il va entrer dans les détails de ce qu’il a fait (ce que je vais vous épargner). On va lui demander combien de victimes, il va répondre 120, en tout cas dans les actes que nous avons. On va le voir se libérer de ce poids, il va même sourire. Il est choqué et soulagé de se décharger devant la justice des hommes, en espérant s’alléger devant la justice de Dieu. Il révèle alors tout. Les parents des enfants sont présents, et fait tout de même étonnant (pour nous) et qui aurait été compréhensible, ils se mettent à genoux et prient pour lui lorsqu'il leur demande pardon. Il est clairement en train de jouer son va-tout !

Le 25 octobre 1440, il est condamné à la corde et au bûcher. Il sera exécuté le lendemain, ainsi que ses acolytes (bah oui ! Quand même ! Il n’était pas seul). Il se rend à la potence presque heureux ! Il connaît l’heure exacte de sa mort, chose rare pour l’époque. Sa famille va même grassement payer le bourreau pour étrangler Gilles de Rais, lui évitant la pendaison. On raconte même que les flammes l’ont à peine touché. En effet, normalement, quand on brûle une personne, c’est qu’elle est hérétique et elle ne sera pas “entière” au moment du Jugement Dernier. Ils veulent lui donner une chance de se repentir.


Afin que les enfants du pays de Rais n’oublient pas cette histoire, ils reçurent le fouet jusqu’au sang (impensable à notre époque !).



Gilles de Rais n’a pas servi de modèle à Perrault pour le conte de Barbe Bleue. C’était Henri VIII d’Angleterre qui en est la source. Célèbre roi qui a eu 6 femmes, et en a fait exécuter 2.

Gilles de Rais est l’un des personnages du XVème siècle les plus connus car il a été Maréchal. De ce fait, il y a beaucoup d'écrits. C’est également pourquoi il y a beaucoup d'interprétations.



En 1992, s’ouvre un procès fictif et littéraire pour la réhabilitation de Gilles de Rais, organisé par Gilbert Prouteau. Tribunal réuni au Sénat. Il sera alors très médiatisé à cette époque. Le tribunal est composé de parlementaires, d’experts et d’anciens ministres. On a voulu dire que Gilles de Rais n’avait été victime que d’un procès politique et que les accusations dont il avait été accablé étaient fausses. Cependant, elles sont réelles. Il y a des documents qui l’attestent, malgré quelques points noirs et des interrogations. Il sera acquitté de façon purement symbolique. Cette conclusion médiatique n’a aucune valeur juridique et a notamment été fermement et violemment rejetée par les historiens médiévistes car les preuves de l’époque confirment la réalité de ses crimes !


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J'espère que cette plongée dans une des histoires les plus sombres de France vous a permit de découvrir une autre facette de notre société très complexe.


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